Infos climat FLASH INFO du Portail du CILSS dans le domaine du Changement Climatique et de la Gestion Durable des Terres en Afrique de l'Ouest

Adaptation en agriculture irriguée

Un potentiel peu exploité

les types d’aménagements présents dans l’espace CEDEAO


A/Un potentiel peu exploité.

La zone sahélienne du CILSS possède un potentiel irrigable de 4 millions d’hectares, la moitié se trouvant dans la zone office du Niger. Sur ce potentiel, seulement 20 % sont effectivement exploités, dont à peine plus de 5 % en maîtrise totale de l’eau. Dans les pays du golfe de Guinée, le potentiel irrigable n'est quant à lui valorisé qu'à hauteur de 10 %.

 Le second problème provient de la relativement faible mise en valeur de ces périmètres, notamment dans des pays comme le Sénégal. Dans ces cas, ce sont les mesures de politiques concernant l’accompagnement des producteurs qui ont freiné le développement des cultures irrigués. On notera en particulier :

-         des problèmes de crédit agricole

-         des problèmes de commercialisation (faible compétitivité par rapport aux produits importés et manque de routes de desserte)

-         des problèmes organisationnels (faible implication des OP dans la gestion et l’entretien des périmètres)

-         des problèmes techniques : conseil agricole inadéquat ou insuffisant
 

pays

Burkina

Cap Vert

Gambie

Guinée Bissau

Mali

Mauritanie

Niger

Sénégal

Tchad

potentiel irrigable en ha

  233 500  

2 400  

81 000

306 000  

2 200 000  

221 000  

240 000  

400 000  

328 000  

superficie aménagée

32 250  

 

 

 

 

 

 

105 000  

2 000  

submersion non contrôlée

 

 

 

 

276 000  

 

10 000  

 

5 000  

bas fonds

6 000  

 

 

29 000  

 

 

 

 

 

petite irrigation

6 000  

1 800  

 

 

 

 

 

 

 

mangrove

 

 

 

50 000  

 

 

 

 

 

maîtrise partielle

 

 

 

 

              150000  

 

60 000  

 

 

maîtrise total

12 400  

 

 

 

              14000

49 000

13 500  

51 000  

2 000  

type d'irrigation non renseigné

 

 

2 500  

 

 

 

 

 

 

superficie irriguée

     24 400  

     800  

     2 500  

             79 000  

              566000  

      49 000  

     83 500  

     51 000  

       7 000  

% irrigué/potentiel

10%

75%

3%

26%

26%

22%

35%

13%

2%

% irrigué/aménagé

76%

 

 

 

 

 

 

49%

 

 Source : profils de sécurité alimentaire des pays du CILSS, CILSS 2008

 B/ les types d’aménagements présents dans l’espace CEDEAO

 Les aménagements se rassemblent en quatre grandes catégories :

 -         les périmètres en bord de fleuve

-         les périmètres de mangrove

-         les bas fonds

-         la petite irrigation à partir de mares artificielle et de retenues collinaires

 Divers sous-types existent avec des performances technico-économiques variables. Le tableau suivant donne les fourchettes constatées dans la sous-région.

 

Coût des travaux au départ

Rendements rizicoles à l’hectare

Produit brut ($ / ha)

1$ = 400 FCFA

Périmètres de bord de fleuve

 

 

 

En maîtrise totale de la lame d’eau

9000-13000 $/ha

6-10 tonnes (si deux récoltes)

2250-3750 $

En maîtrise partielle (submersion contrôlée)

1000-2000 $/ha

1-3 tonnes

375-1125 $

Sans maîtrise

 

0,5-1,5 tonnes

187-562 $

Périmètres de mangrove

 

 

 

Traditionnels

200 $/ha

1,5-3 tonnes

562- 1125 $

Améliorés

1000-3000 $/ha

3-5 tonnes

1125 -1875 $

Bas fonds aménagés

 

 

 

T1: casiérage

150 $/ha

1-2 tonnes

375-750 $

T2 : casiérage + drain central

300 $/ha

1,5-2,5 tonnes

562-937 $

T3 : casiérage + drain + canal latéral

450 $ /ha

2-3 tonnes

750-1125 $

T4 : T3 + bassin de rétention en amont du bas fond

650 $/ha

3-4 tonnes

1125-1500 $

Historiquement, la période coloniale a mis l’accent sur les grands aménagements (Office du Niger, SAED, plaines côtières de Guinée), qui devaient assurer l’autosuffisance alimentaire de l’Afrique de l’Ouest.

La période plus récente enseigne l’utilité des aménagements de plus petite taille, qui permettent de toucher un grand nombre d’exploitants sur le territoire. L’exemple du Burkina Faso, avec ses 1500 petites retenues d’eau est à cet égard intéressant. Le Sénégal montre la même volonté politique. La plupart des pays du CILSS ont actuellement des textes de stratégie de petite irrigation.

Par rapport aux performances des différents types de périmètres on notera :

 -         Les faibles performances des périmètres en maîtrise partielle de l’eau ou submersion contrôlée. La maîtrise totale de l’eau sécurise mieux l’investissement de début de campagne en intrants.

-         L’originalité des systèmes de mangrove qui peuvent fonctionner quasiment en « zéro intrant » grâce à l’admission en saison sèche d’eau de mer dans les casiers : elle désherbe (apport de sel) et apporte des limons (Guinée maritime, Guinée Bissau)

-         Le problème d’optimisation de la gestion des bas-fonds, le modèle avec retenue en amont étant le plus sécurisant.

 Un aspect clé du choix des types d’aménagements tient par ailleurs aux changements climatiques à venir.

L’étude menée dans le cadre du projet CILSS « changements climatiques » montre par exemple que le débit des fleuves au Sahel sera susceptible d’augmenter plus que les précipitations en raison de phénomènes de ruissellement plus forts, sur sols dégradés et cuirassés.

Par ailleurs, le phénomène de montée des océans et d'érosion de la ligne de côte en Afrique de l'Ouest menace des espaces conséquents consacrés à la riziculture de mangrove.

Dans ces conditions, les ouvrages permettant une maîtrise totale ou très forte de la lame d’eau devront être préférés, que ce soit dans le cadre de l’aménagement de grandes plaines, de bas fonds, ou de mangroves.

La perte quasi-totale des récoltes de bas fonds semi aménagés dans certaines zones du Sahel et le Nord des pays côtiers suite aux inondations de la campagne 2007 illustre ce propos de même que la crue exceptionnelle qu'a connu Niamey en Aout 2012.

Le graphique ci-après récapitule les pertes de rizières dans plusieurs pays d'Afrique de l'ouest en 2010, à titre d'illustration.

Cela représente une perte de plus de 515 millions de dollars (env 260 Milliards de Fcfa) si on tient compte d'un rendement moyen en riz paddy de 3 t/ha en Afrique de l'Ouest (1.8 t/ha de riz net) et du prix actuel du riz importé (600 $/t).

L'adaptation peut passer par d'autres aspects que la mise à niveau des aménagements. On peut par exemple également adapter le calendrier de l'itinéraire technique. Voici un cas pratique ci-dessous. 

 Cas de la production du riz le long du fleuve Niger

Adaptation du calendrier cultural du riz irrigué à l’apparition des crues et étiages : Périmètre irrigué de Saga/Niamey/Niger

La diminution des débits (donc de la hauteur d’eau) dans le fleuve pendant l’étiage en raison du changement de régime a de répercutions sur la durée de pompage entraînant une baisse de la HMT (Hauteur Manométrique Totale) donc baisse des débits.

 Des simulations de décalage des calendriers culturaux sont donc nécessaires à l’image de l’exemple ci-dessous.

 Tableau 1 : simulation de décalage de 15 jours en saison sèche (CC = calendrier cultural). Issu du travail de MERKADJIM Julienne (2007). Analyse des crues et des étiages du fleuve Niger à Niamey : implication sur le calendrier cultural du riz du périmètre irrigué de Saga. Mémoire de fin d'études, Centre Régional, Niamey/Niger, 61p.

Etude de cas : Améliorer la production du riz irrigué dans la Vallée du Fleuve Sénégal à travers l’ innovation et l’apprentissage par l’expérience

Les auteurs Timothy J. Krupnik A.B. ; Carol Shennan B. ; William H. Settle C. ; Matty Demont D. ; Alassane B. Ndiaye E.,F., Jonne Rodenburg G. ont publié en 2012, l'article dont le titre est cité ci-dessus. Cette étude démontre la valeur ajoutée des résultats qui découlent de cette recherche qui facilite la collaboration entre paysans et chercheurs en vue d’apprendre, d’innover et d’adapter les systèmes de gestion en fonction des conditions locales.

La recherche facilitant la collaboration entre paysans et chercheurs et l’apprentissage par l’expérience, peut fournir
l’élément manquant pour adapter les recommandations de gestion des cultures aux besoins des paysans. Nous avons testé différents systèmes de gestion de la culture de riz irriguée pendant trois saisons d’expérimentation de recherche adaptative dans trois sites de la Moyenne Vallée du Fleuve Sénégal. Nos objectifs étaient d’évaluer la viabilité agronomique et socioéconomique des Pratiques de Gestion Recommandées (PGR) par rapport au Système de Riziculture Intensive (SRI) et des Pratiques Paysannes (PP).

Au cours de la saison sèche 2008, les PGR et le SRI ont augmenté de façon significative les rendements des PP de 2,3 et 2,6 t ha-1 dans les sites. Les paysans analysaient leurs expériences au cours des rencontres post-expérimentations. Ils ont apprécié le rendement du SRI et le potentiel d’économie de l’eau, mais ont trouvé que cela requiert une main-d’œuvre abondante, surtout pour la gestion du désherbage qui coïncide avec les activités horticoles. A l’inverse, les paysans ont jugé que le taux élevé d’herbicide prôné par les PGR induit des dépenses onéreuses et ont indiqué qu’en raison du dysfonctionnement des marchés agrochimiques, l’origine des quantités d’herbicides plus importantes que ceux généralement utilisés dans les PP pourrait être difficile à situer de manière fiable.

Pour modifier les systèmes de gestion adaptés aux besoins et aux ressources des paysans, nous avons ensemble développé une quatrième pratique, «la Pratique Paysanne Adaptée» (PPA) qui est une combinaison de PGR et du SRI. La PPA utilise l’irrigation intermittente pendant la phase végétative tardive, la densité des cultures recommandée, l’âge intermédiaire des semis et un seul tour de désherbage mécanique suivi d’une application localisée d’herbicides. Les paysans ont comparé les PPA aux systèmes de gestion initiaux pendant les saisons qui ont suivi. Bien qu’aucune différence de rendement n’ait été trouvée entre les PGR, le SRI et la PPA, chaque pratique a eu un rendement plus significatif (respectivement de +1,0, +1,1 et +1,5 t ha-1) que celui des PP. La PPA a également réduit les besoins en main-d’œuvre sans pour autant augmenter la biomasse des mauvaises herbes par rapport aux PGR ou au SRI, elle a utilisé respectivement 40% et 10% d’herbicide de moins que les PGR et les PP. Les fonctions cumulatives de distribution ont montré que la PPA a augmenté le potentiel de bénéfice net et une diminution des risques économiques. Avant les essais de la saison sèche 2009, l’Etat sénégalais a supprimé les subventions aux herbicides en
doublant leur coût. Les PGR, le SRI et la PPA ont eu un rendement supérieur aux PP, respectivement de 2,9, 3,0 et 3,1 t ha-1. La PPA a encore réduit la main-d’œuvre affectée au désherbage et les besoins en herbicides tout en minimisant les risques de production dans les sites.

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